L'évolution de l'euro/dollar en période de crise
Article écrit pour le site Internet Trader-Forex.fr
L’analyse des crises du passé récent sur le marché est riche d’enseignements car elle permet de déterminer quelles ont été les réactions initiales des traders sur les différentes parités de change (27 février 2007 : fermetures massives de Carry trades, 21 janvier 2008 : débouclement des positions perdantes de la Société Générale et surtout depuis le 23 juillet 2007 : crise des subprimes). De cette observation, on peut en déduire les mouvements probables qu’auraient chaque paire de devises lors d’une crise future.
Concernant la paire EUR/USD en particulier, bien que relativement moins volatile (car c’est de loin, la paire la plus liquide au monde), elle est, elle aussi, affectée par ces désordres financiers : elle a tendance à baisser.
La crise des subprimes a comme origine l’apparition simultanée de deux événements localisés aux États-Unis :
la forte baisse des prix immobiliers à partir de début 2006 ;
la remontée
des taux d’intérêts de juin 2004 à juin 2006, ce qui
a eu pour conséquence, l’impossibilité pour de nombreux
ménages américains très modestes à faire face aux
échéances de leurs prêts hypothécaires à taux
variable.
En général, lorsqu’un pays voit son économie fragilisée, la conséquence tôt ou tard, c’est la baisse de la valeur de la monnaie locale. Ce qui dans le cas de la crise des subprimes, impliquerait une baisse du dollar (donc une hausse de toutes les parités de change contre le dollar, et notamment une hausse de l’EUR/USD). Or dans les faits, c’est l’inverse qui s’est produit : l’EUR/USD a baissé ! Et en observant mieux, ce n’est pas tant l’EUR/USD qui a baissé mais surtout le dollar qui a monté contre toutes devises.
L’explication de cette réaction surprenante réside dans des facteurs plus globaux, plus techniques qu’économiques :
tout d’abord, au sortir de la seconde guerre mondiale, les États-Unis
sont devenus les grands vainqueurs et ont, par conséquent, pu imposer
leur volonté. Ainsi, les accords de Bretton Woods en 1944 ont consacré
le dollar comme la monnaie la plus forte du système financier international.
Ce qui implique qu’en cas de problème, à l’instar
du franc suisse ou de l’or, tout le monde préfère garder
dans sa poche une monnaie sûre comme le dollar plutôt que de la
monnaie de singe. Et pour la même raison, beaucoup de marchés commerciaux
se sont développés avec le dollar comme monnaie d’échange
: c’est le cas du pétrole, de l’or, des avions, etc. Ainsi,
beaucoup de sociétés et même de hedge funds ont établit
leur comptabilité en dollar ;
lors d’une crise,
beaucoup de hedge funds voient la valorisation marked-to-market de leurs actifs
baisser. Ils doivent faire face à des appels de marge, le plus souvent
libellés en dollars. Concrètement, cela signifie que les hedge
funds en perte doivent donc acheter des dollars pour payer ces appels de marge
;
De même, les
nombreux hedge funds et fonds de pensions étrangers qui se sont aventurés
à investir dans les actifs américains participent involontairement
à cette hausse du dollar par le biais de la couverture de leurs actifs
américains par une technique qui s’appelle le « Currency
Overlay »
.
Et bien
évidemment, on pourra remarquer, a contrario, que lors de toute accalmie
ou d’amélioration de la situation mondiale, l’inverse prévaudra
: l’EUR/USD aura tendance à monter.
Ainsi, cette réaction aux crises de l’EUR/USD existera tant que
les États-Unis resteront considérés comme la locomotive
mondiale et tant que les hedge funds règneront.
Le « Currency Overlay
» :
Supposons qu’un hedge fund européen avait acheté en mai
2007, l’action General Motors à 22 dollars. Comme sont anticipation
était basée sur l’évolution de l’action et
non pas sur celle du dollar, il a en même temps, « hedgé
» (couvert) son risque de change en vendant 22 dollars (il a acheté
l’EUR/USD pour 22 dollars). Et bien évidemment, comme c’est
une position de couverture, tant qu’il gardera cette action dans son portefeuille,
il gardera sa couverture, c’est-à-dire cette position longue EUR/USD.
Par contre, comme le cours de l’action va évoluer au fil du temps,
le hedge fund devra ajuster régulièrement cette position de couverture.
En pratique, cela signifie que si l’action avait monté, disons
à 32 dollars, il aurait du protéger du risque de change le gain
de 10 dollars, en augmentant sa position longue EUR/USD de 10 dollars (en vendant
10 dollars de plus). Mais malheureusement, l’action a baissé, et
ne cote aujourd’hui plus que 4 dollars. Cela veut dire qu’il a du
ajuster sa couverture en la diminuant. Il a ainsi acheté des dollars
au fur et à mesure que l’action baissait pour ne rester vendeur
que de 4 dollars (long EUR/USD de 4 dollars) dans sa position de couverture.
L’ajustement de cette couverture du risque de change, peut se faire régulièrement,
chaque semaine ou chaque mois, ou encore en fonction des variations de l’actif
à protéger. Dans la pratique, le « Currency Overlay »
représente une industrie à part entière, avec des fonds
qui se sont spécialisés dans l’overlay de hedge funds, de
SICAV, etc.
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